Les Rencontres de la Bilipo – Actualité du roman noir

Le 2 décembre 2017, la Bilipo (bibliothèque des littératures policières) accueillait l’association 813 à l’occasion de la remise des trophées du prix du polar. Cette remise de prix était précédée d’une conférence autour du thème de l’édition du polar aujourd’hui, animée par deux éditrices du Seuil, Marie-Caroline Aubert et Gwenaëlle Denoyers. Alain Regnault, administrateur de la Bilipo, représentait Estelle Durand, éditrice chez Asphalte éditions, qui ne pouvait être présente. La rencontre était animée par Alain Regnault lui-même ainsi qu’Hervé Delouche, directeur de publication de la revue 813.

De gauche à droite : Alain Regnault, Hervé Delouche, Gwenaëlle Denoyers & Marie-Caroline Aubert.
Alain Regnault.

Les éditions Asphalte ont été créées en 2009. Leur ligne éditoriale est orientée vers la réalité urbaine d’aujourd’hui dans un contexte social difficile. Leur catalogue est composé de deux collections : « Asphate Noir » et « Fictions ». La maison d’édition publie beaucoup d’auteurs étrangers.

À l’occasion de cette conférence, les éditrices du Seuil ont pu présenter leur nouvelle collection, « Cadre noir », qui succède à « Seuil Policiers ». Faisant partager leur expérience, elles ont dressé un état des lieux de l’édition de polar et de son évolution jusqu’à aujourd’hui.

 

Hervé Delouche & Gwenaëlle Denoyers.

L’association 813 a été créée dans les années 1980, peu de temps avant la Bilipo. À cette époque, il existe des maisons d’édition historiques, auxquelles s’ajoutent Les Presses de la cité. Les éditions Rivage n’existent pas encore. C’est l’époque du néopolar français. « Seuil Policiers » naît au début des années 1990.

La naissance de « Cadre noir », qui remplace « Seuil Policiers » après 25 ans d’existence, représente une mutation importante pour les Éditions du Seuil et donne un nouveau souffle à la collection de roman noir du Seuil, avec notamment une nouvelle maquette. Les éditrices justifient ce choix par l’aspect réducteur du terme « policier », le but étant d’englober plus largement l’univers du roman noir et de ne pas se limiter à l’enquête policière. Par ailleurs, cette nouvelle collection se place dans la continuité des collections « Cadre » du Seuil.

Gwenaëlle Denoyers & Marie-Caroline Aubert sont venues présenter la nouvelle collection du Seuil, « Cadre noir ».

Dans les années 1970, la tendance était au roman policier et d’espionnage. Aujourd’hui, il y a un renouveau du polar français. C’est aussi une histoire de mode, une question d’originalité et d’orientation du polar. Parfois la tendance est aux histoires de tueurs en série, d’autres fois aux récits d’enlèvement (Harlan Coben).

La forme de la nouvelle est peu prisée par les éditeurs de polars. Il existe pourtant des nouvellistes de talent spécialisés dans le genre, à l’image de Marcus Malte (éditions Zulma).

L’édition consiste pour une part en un calcul de risques, en particulier s’agissant des œuvres de fiction. Ainsi, malgré des démarrages enthousiasmants et une qualité certaine, il arrive bien souvent que des collections dont les chiffres de vente sont insuffisants disparaissent aussi rapidement qu’elles sont apparues. Le manque de lecteurs conduit aussi certains grands noms de l’éditions du polar à cesser de publier malgré un prestige intact.

À moins de vendre beaucoup, le polar ne reçoit pas beaucoup de publicités dans les médias, à la télévision en particulier. La question qui se pose également est celle de l’influence des prix littéraires sur les ventes, en particulier dans le secteur du roman noir. Si un prix tel que le grand prix de la littérature policière revêt un important prestige et est extrêmement valorisant pour les lauréats, les prix de littérature policière n’ont en général qu’un impact limité sur les ventes.

Le secteur compte beaucoup sur les petits formats pour assurer sa pérennité. Ainsi, aux Éditions du Seuil, sur les 17.7 millions de titres de romans noirs vendus par an, 75 % le sont en poche (Collection « Points »).

Aujourd’hui, le Global publishing représente un danger pour l’édition traditionnelle. Des monstres de l’édition, avec beaucoup de branches de publication, étouffent des maisons plus petites en publiant dans tous les domaines, simultanément et à l’internationale. Parmi eux Haper Collins, éditeur américain avec beaucoup de filiales, notamment anglophones, et une francophone. Ainsi est apparue récemment une branche Harper Collins Noir, consacrée à l’édition de polars, et qui vient concurrencer les éditeurs français du genre.