Spécificités et approche du polar coréen

La présence des auteurs coréens Jeong You-Jeong et Kim Jung-Hyuk, venus au Salon du Livre 2017 à Paris Porte de Versailles, a permis de découvrir les spécificités et l’approche originale du polar coréen.

Ces deux auteurs, encore largement méconnus en France, ont pu présenter lors d’un entretien dirigé par Nils Ahl (traducteur et correspondant au Monde, spécialiste des contes scandinaves) leur vision de la littérature coréenne actuelle ainsi que leur vision plus personnelle du polar.

Petit aperçu du roman policier « à la coréenne »

Le roman policier coréen est en fait une invention récente, étant apparu au cours du XXème siècle alors que le style s’est développé au XIXème siècle en Occident. La littérature coréenne apparaît comme une exception, à la rencontre des styles asiatiques et occidentaux, c’est pourquoi elle commence à se diffuser en Europe selon les auteurs. Cependant c’est le cinéma coréen, avec ces nombreux thrillers, qui est actuellement prépondérant en France, ayant une image à la fois très violente (J’ai rencontré le diable, de Jee-Woon Kim) et esthétisante (Old boy, de Park Chan-Wook).

Alors qu’en France, le roman policier est parfois considéré comme le successeur du “roman social” voire réaliste, qu’en est-il pour le roman policier coréen ?

Pour ces deux auteurs, le roman policier n’est pas un genre très populaire en Corée, il n’y a pas tant d’auteurs qui s’essaieraient à ce style. Mais pour Jeong You-Jeong, le terme de “roman policier” ne serait pas adapté à la littérature coréenne, les expressions de “roman d’énigmes” ou “d’enquête” seraient plus adéquates, dans le sens où le lecteur doit deviner des éléments généraux de l’intrigue et observer l’instinct de survie des personnages plutôt que de trouver l’identité d’un coupable.

Spécificités du polar coréen

Selon Jeong You-Jeong, s’il y a une particularité à souligner, c’est que le métier de détective privé n’existe pas en Corée, le “détective” est donc forcément un personnage romanesque. Les romans coréens préfèrent donc utiliser l’image de policiers en service la plupart du temps, ce qui peut empêcher les œuvres coréennes de prendre une certaine légèreté selon l’auteure.

De plus, la division de la Corée ne permet pas de faire de littérature d’espionnage sans que ce thème ne soit pris très au sérieux et avec gravité. Pour Kim Jung-Hyuk, la Corée a beau être divisée, c’est un pays stable avec peu de criminalité. Plus que des crimes, ce sont des problèmes liés à l’urbanisation massive et fulgurante qu’a connue le pays selon l’auteur. Ainsi, le faible taux de criminalité dans le pays ainsi que la législation très dure vis-à-vis du port d’arme amène le romancier à devoir trouver un juste équilibre entre réalisme et imagination.

Jeong You-Jeong
Jeong You-Jeong

 

Tout au long de cet échange, les auteurs ont pu évoquer leurs influences à la fois coréennes et étrangères : Georges Simenon pour son personnage de l’inspecteur Maigret, John le Carré (Tinker, Tailor, Soldier, Spy), Miyuki Miyabe, Pak Wan-Seo (Hors les murs), Raymond Chandler (Le grand sommeil) et Stephen King.

Vous pouvez écouter la conférence ici : https://soundcloud.com/user-258894400/110412_001

 

 

Léonor CM