Marguerite Duras et le crime

 

Cette conférence traite du crime, des faits divers, des obscurs assassinats dans l’œuvre de Marguerite Duras ainsi que de son rapprochement avec le genre policier.


Intervenants :

 

  • Catherine GOTTESMAN, Agrégée de lettres classiques, chercheuse en linguistique et metteuse en scène de plusieurs pièces de Marguerite Duras
  • Robert HARVEY, professeur de littérature comparée et de philosophie à l’Université de Stony Brooke (New York). C’est l’un des éditeurs de la publication complète des œuvres de Marguerite Duras dans la Pléiade.
  • Denis SALAS, le modérateur de la rencontre, est magistrat, essayiste, enseignant et chercheur à l’École nationale de la magistrature. Il est aussi secrétaire général de l’Association pour l’histoire de la justice.

 

« Quel est le sens de cette irruption massive du crime dans une œuvre romanesque ? » 

Pour répondre à ce questionnement, les trois intervenants expliquent comment se décline le « crime » dans l’œuvre de Marguerite Duras. La presse des années 1960 estimait que dans les romans de Marguerite Duras « il ne se passait rien ». Néanmoins nombreux sont les romans de Marguerite Duras qui traitent de morts violentes, de morts qui se déclinent en suicides, bagarres, crimes prémédités voire des fantasmes de crime (des crimes que l’on aimerait accomplir ou « une bonne à tout faire évoque la possibilité de tuer la personne dont elle s’occupe » parce qu’elle est lourde et qu’elle pue), ou l’appréhension de possibles crimes. C’est le crime au sens large qui est décrit dans l’œuvre de Marguerite Duras et c’est le mot qui est le plus souvent utilisé. Pour exemple, Catherine Gottesman prend l’exemple de l’œuvre Ah ! Ernesto, dans laquelle un instituteur teste les connaissances d’un enfant en lui montrant un papillon épinglé ; l’enfant répond : « ça c’est un crime ».

Cette appréhension du mot « crime » est vaste chez Marguerite Duras, il est important parce qu’il est aussi une métaphore de nombreuses choses comme la séparation d’un couple dans Dix heures et demie du soir en été.

 

« Comment s’applique le modèle du roman policier aux romans de Marguerite Duras ? »

Les intervenants nous montrent qu’il existe de très nombreuses ressemblances : les crimes, les cadavres, la présence du sang, de l’assassin en fuite, des interrogatoires, la recherche de mobile, des remue-ménages consécutifs à l’annonce des crimes dans un village et leurs conséquences. On voit l’apparition de policiers, qui sont souvent nombreux, parfois même trop comparé à l’ampleur du crime, on sent alors une certaine satire des forces de l’ordre. On voit aussi très clairement se développer la peur et la crainte souvent dans des cafés où les villageois émettent des hypothèses et des rumeurs autour du crime.

Mais l’absence du personnage du détective, par exemple, empêche l’œuvre de Marguerite Duras d’appartenir totalement au genre du roman policier. L’esprit de déduction que l’on retrouve dans le personnage du détective, de l’enquêteur n’existe pas, nous sommes face plutôt à des fulgurances et des fantasmes. On n’est pas dans une enquête selon les normes, le criminel reste d’ailleurs impuni et souvent rien ne rentre dans l’ordre, au contraire le désordre se fait plus grand.