Rien ne se perd, grand gagnant du Prix Étudiant du Polar 2016

Après s’être plongés dans une lecture attentive et passionnée de chacun des ouvrages sélectionnés, les membres du jury ont choisi de décerner, à la majorité absolue, le Prix Étudiant du Polar à Cloé Mehdi pour Rien ne se perd.  Lors de la remise du prix, la jeune romancière s’est montrée sincère et émue : « Je ne pensais vraiment pas que ce livre serait publié, et s’il était publié, je pensais que mon éditeur prendrait un risque assez extrême. Finalement, il savait très bien ce qu’il faisait ! (rires) Je ne m’attendais pas du tout à recevoir un prix, merci infiniment ! »

Rien ne se perd relate l’histoire de Saïd, un adolescent de 15 ans, victime d’une bavure policière. Le narrateur, Mattia, un enfant de 11 ans, tente jusqu’au bout de comprendre la mort de Saïd, et les événements qui s ‘ensuivent.

En plus du style poétique qui a particulièrement séduit le jury, le roman retrace des événements dramatiques avec réalisme et authenticité. Ce roman noir s’inscrit alors dans une nouvelle forme de polar, bien loin de ce que l’on a l’habitude de lire, et c’est tant mieux !

Un style réaliste allié à un point de vue original

L’une des grandes particularités du roman, c’est d’abord son point de vue. L’histoire est relatée par un enfant de 11 ans, Mattia, qui tente de reconstituer et de comprendre les origines du meurtre. Un point de vue original, qui peut sembler paradoxal : comment un enfant de 11 ans pourrait restituer les pièces du puzzle ? « Le style d’écriture est à la fois poétique, naïf et réaliste. On suit le point de vue d’un enfant pour parler à un public adulte, c’est quelque chose de fort. » explique Pauline V. Bellamy, membre du Jury et étudiante en édition. Pour Cloé Mehdi, partir du point de vue d’un enfant permettait de prendre du recul par rapport au récit et aux personnages : « J’ai pris l’angle d’un enfant qui est extérieur à l’histoire, parce que moi-même, je suis extérieure à cette histoire. Je n’ai pas grandi dans une cité et je ne me sentais pas légitime de raconter cela d’un point de vue interne. » Une façon de se mettre en retrait pour cette auteure modeste qui n’aime pas parler d’elle. Bien qu’étrangère au milieu qu’elle décrit dans son roman, Cloé Mehdi parvient pourtant à relater des événements réaliste avec brio : « C’est une histoire très juste. L’enfant a un regard très acerbe sur ce qui se passe autour de lui, on y croit complètement » défend Lucien Rieul, membre du Jury et étudiant en journalisme culturel.

Un roman noir sociologique

Les lecteurs assidus de polars classiques seront peut-être déçus. Car, dans Rien ne se perd, il n’est pas question d’enquête, d’indices ou de détective, à proprement parlé. Il ne s’agit pas d’une intrigue policière, mais plutôt d’un roman réaliste et sociologique. Armelle Mancini, membre du Jury et étudiante en édition a d’abord été surprise par le genre du roman. Grande amatrice de polars « classiques », elle a découvert une nouvelle forme de polar avec Rien ne se perd : « Ce n’est pas un polar classique à la Agatha Christie. On revient sur des faits qui datent d’il y a 10 ans, il y a une ambiance mystérieuse… Il s’agit plus d’un roman noir. On ne suit pas une enquête, c’est plus un roman sociologique, avec des faits réels. L’univers horrible dans lequel grandit le petit garçon est très bien décrit. Tout semble réel. » Alors Rien ne se perd, polar ou pas polar ? Cloé Mehdi l’avoue elle-même, elle ne lit jamais de polar. « Mes premiers lecteurs, à qui je fais lire le manuscrit, me disent “ah, ça c’est du polar”. Je n’écris jamais en me disant que je fais du polar ».

Cloé Mehdi

Depuis la remise du Prix Étudiant du Polar, Cloé Mehdi a remporté plusieurs récompenses : Prix du Jury Dora-Suez 2017, Prix Mystère de la critique 2017, Trophée 813 2017 du meilleur roman, etc. Rien ne se perd, et surtout pas le succès ! C’est tout ce qu’on lui souhaite.

Prix Étudiant du Polar 2016 :
Cloé Mehdi, Rien ne se perd, Éditions Jigal, 2016
18,50 euros